Lettre de Mansoor Adayfi à l’occasion de la séance « Close Guantánamo » du 15 janvier à l’Aventure
Salaam Dear friends and comrades,
I should be standing with you today. I am not, and that absence carries its own weight. Thank you for being here and for refusing to forget Guantanamo and the men still held there illegally after twenty four years.
I speak as a former Guantanamo detainee. I speak from lived memory. Not from archives. Not from reports. Twenty four years since the prison opened. Twenty four years of cages, isolation, humiliation, and endless waiting designed to crush the human spirit.
Guantanamo did not open to deliver justice. It opened to erase law. Around eight hundred Muslim men and children were dragged there without charges. Without evidence. Without trials. Many were cleared and still kept inside. Some remain trapped today. Your presence matters because silence keeps this crime alive.
I remember the early days clearly. Hoods pulled tight. Chains cutting skin. Dogs snarling inches from faces. Interrogations soaked in torture without limits. No accountability. Guards rotated. Rules shifted. Pain stayed constant. Time collapsed. Days dissolved. Years vanished. Families aged while begging for proof of life. Children grew up without fathers. Parents died without final words.
Officials promised closure again and again. Each promise was a lie. Power protected itself. Guantanamo hardened into a system, not an accident. A system built to destroy people and shield those responsible.
Some insist Guantanamo belongs to history. Survivors know better. The logic spread. Indefinite detention spread. Torture learned new language. Abuse learned legal cover. Once lawlessness becomes policy, it reproduces itself.
Today, Guantanamo represents torture, kidnapping, and permanent injustice. It stands as a blueprint for future prisons built on weaponized fear and racism.
You stand here because conscience refuses to die. You stand here because memory resists erasure. This vigil matters because men inside remain deliberately unseen. Men cleared for release still wait. Men released carry damage for life. No apology came. No repair followed. No justice arrived.
Justice demands action. Justice demands closure. Justice demands accountability for architects, lawyers, commanders, and politicians. Without accountability, abuse repeats.
Please, Keep pressure relentless. Speak names. Demand timelines. Reject excuses. Refuse distraction. Guantanamo survives on delay and exhaustion. Do not give either.
Twenty-four years marks endurance, not legitimacy. This notorious prison
never held moral authority. Human dignity never expired, and your presence today affirms that truth.
I send rage, gratitude, and solidarity from afar. Voices here reach the cages and survivors. The struggle continues until Guantanamo closes and truth stands exposed.
Together, we will close Guantanamo and hold the perpetrators accountable.
Thank you for standing and thank you for not forgetting.
Traduction (assistée) de la lettre de Mansoor
Salaam Chers amis et camarades,
Je devrais être à vos côtés aujourd’hui. Je n’y suis pas, et cette absence a tout son poids. Merci d’être ici et de refuser d’oublier Guantánamo et les hommes qui y sont toujours détenus illégalement depuis vingt-quatre ans.
Je parle en tant qu’ancien détenu de Guantánamo. Je parle sur base de mes souvenirs. Pas sur base d’archives. Pas sur base de rapports. Vingt-quatre ans depuis l’ouverture de la prison. Vingt-quatre ans de cages, d’isolement, d’humiliation et d’attente interminable destinés à briser l’esprit humain.
Guantánamo n’a pas été ouvert pour rendre justice. Il a été ouvert pour effacer la loi. Environ huit cents hommes et enfants musulmans y ont été traînés sans inculpation. Sans preuve. Sans procès. Beaucoup ont été innocentés et sont toujours détenus. Certains y sont encore emprisonnés aujourd’hui. Votre présence est importante, car le silence perpétue ce crime.
Je me souviens très bien des premiers jours. Des cagoules serrées. Des chaînes qui coupaient la peau. Des chiens qui grognaient à quelques centimètres du visage. Des interrogatoires emplis de torture sans limites. Aucune responsabilité. Les gardes se relayaient. Les règles changeaient. La douleur restait constante. Le temps s’effondrait. Les jours se dissolvaient. Les années disparaissaient. Les familles vieillissaient en suppliant d’avoir des preuves de vie. Les enfants grandissaient sans père. Les parents mouraient sans avoir pu leur dire un dernier mot.
Les responsables promettaient sans cesse la fin de cette situation. Chaque promesse était un mensonge. Le pouvoir se protégeait. Guantánamo s’est transformé en un système, et ce n’est pas un accident. C’est un système conçu pour détruire des personnes et protéger les responsables.
Certains affirment que Guantánamo appartient au passé. Les survivants savent que ce n’est pas vrai. La logique s’est répandue. La détention illimitée s’est répandue. La torture a appris un nouveau langage. Les abus ont trouvé une couverture légale. Une fois que l’anarchie devient politique, elle se reproduit.
Aujourd’hui, Guantánamo est synonyme de torture, d’enlèvement et d’injustice permanente. Il sert de modèle pour les futures prisons fondées sur la peur et le racisme utilisés comme armes.
Vous êtes ici parce que votre conscience refuse de mourir. Vous êtes ici parce que la mémoire résiste à l’effacement. Cette veillée est importante parce que les hommes qui s’y trouvent encore restent délibérément invisibles. Ceux qui ont été autorisés à être libérés attendent toujours. Ceux qui ont été libérés portent des séquelles à vie. Aucune excuse n’a été présentée. Aucune réparation n’a été faite. Aucune justice n’a été rendue.
La justice exige des mesures. La justice exige la clôture. La justice exige que les architectes, les avocats, les commandants et les politiciens rendent des comptes. Sans responsabilité, les abus se répètent.
S’il vous plaît, maintenez une pression incessante. Citez des noms. Exigez des délais. Rejetez les excuses. Refusez les distractions. Guantánamo survit grâce aux retards et à l’épuisement. Ne lui accordez ni l’un ni l’autre.
Vingt-quatre ans, c’est une durée, pas un signe de légitimité. Cette prison tristement célèbre n’a jamais eu d’autorité morale. La dignité humaine n’a jamais expiré, et votre présence aujourd’hui confirme cette vérité.
Je vous envoie ma colère, ma gratitude et ma solidarité de loin. Les voix ici atteignent les cages et les survivants. La lutte continue jusqu’à la fermeture de Guantánamo et la révélation de la vérité.
Ensemble, nous fermerons Guantánamo et demanderons des comptes aux auteurs de ces crimes.
Merci de vous être levés et merci de ne pas oublier.