Ce mois de janvier 26 marque les 24 années de l’existence du camp de détention de Guantánamo.
15 prisonniers s’y trouvent encore. Sans oublier les migrants que Trump y fait transiter avant expulsion. Camp illégal, camp de honte, camp de torture.
Depuis mars 2023, nous participons aux rassemblements « Close Guantánamo » lancés par Andy Worthington, le premier mercredi de chaque mois…
Ce mois pour rappeler l’ouverture du camp en janvier 2002, nous voulions faire plus.
D’abord des photos au centre ville, Grand Place, Galeries Saint Hubert.
Puis en collaboration avec le Cinéma d’attac, nous avons organisé une projection ( « Guantánamo nous appartient » de Calvo Hernando Ospina et un reportage d’Arte: « Guantánamo, mauvaise base ? ») et une rencontre avec Mohamedou Ould Slahi, un ancien détenu qui a passé plus de 14 années à Guantánamo.
Il est venu nous parler de ces années de torture et de la vie après.
Ces films lui ont permis de voir pour la première fois le paysage dans lequel il a vécu 14 années, enfermé, sans horizon…
En 2001, alors qu’il vivait et travaillait en Mauritanie, Mohamedou a été injustement arrêté, détenu et remis à la Jordanie, cette arrestation a marqué le début d’un calvaire de 15 ans, dont un emprisonnement à Guantánamo Bay sans inculpation ni procès. Il y a écrit le « Journal de Guantánamo ».
Après sa libération le 17 octobre 2016, Mohamedou a publié une édition restaurée de son livre, dans laquelle il a ajouté les passages censurés par le gouvernement des Etats-Unis.
Il vient d’obtenir la nationalité néerlandaise et vit aujourd’hui aux Pays-Bas où il peut exercer son travail d’écrivain (Son premier roman est intitulé : « The Actual True Story of Ahmed and Zarga » ).
Mohamedou a également collaboré avec le NITE (National Interdisciplinary Theatre Ensemble basé à Groningen) pour la coécriture de l’oeuvre théâtrale » Yara’s Wedding « , inspirée de » L’Orientalisme » d’Edward Said et dont la première a eu lieu en février 2023.
C’est comme auteur de « Guantánamo Diary » et de plusieurs romans qu’il nous dit avoir pu reprendre pied dans un monde pourtant toujours dominé par l’impérialisme qui l’avait conduit dans l’enfer de Guantánamo. Il a voulu s’y inscrire pour dénoncer cet impérialisme et défendre les droits d’humains comme lui.
Il a récemment pu témoigner dans un procès aux Etats-Unis contre un de ses anciens tortionnaires.
Il nous a aussi parlé d’autres détenus :
– Mansoor Adayfi, actuellement au Royaume-Uni, a fait une grève de la faim en soutien aux prisonniers-grévistes de la faim* de Palestine Action accusés par le Royaume Uni à la suite de leur opposition au génocide commis par Israël.
Ne pouvant nous rejoindre, Mansoor nous avait adressé une lettre (voir son texte dans la publication suivante)
et – Sabri Al-Qurashi, peintre de Guantánamo qui vit actuellement en Syrie, sans revenu.
Aucun d’entre eux n’a eu droit ni à des excuses, ni à des réparations, je dirais au contraire, les anciens détenus sont abandonnés et ne réussissent à s’en sortir que par eux-mêmes.
Nous n’abandonnerons pas cette lutte pour en finir avec Guantánamo et avec ce que Mohamedou Ould Slahi a décrit comme la « Guantanamoisation » du monde.
*Le 14 janvier, trois grévistes de la faim, Karan Ahmed, Heba Muraisi et Lewie Chiaramello, ont arrêté leur grève après 79 jours parce qu’une de leur revendication clé a été atteinte. Elbit Systems a perdu un important contrat avec le gouvernement britannique.

